Jérôme Alonzo, vous êtes quelqu'un d'extrêmement chaleureux et souriant. On a beaucoup de mal à vous imaginer en train de crier dans un vestiaire...
C'est difficile en effet. Il faut que je trouve la bonne alchimie. Et la bonne alchimie, c'est de rester moi. Je peux très bien envoyer chier un pote sur le terrain et aller boire l'apéro avec lui deux heures plus tard. Le sport de haut niveau, c'est ça. Après, que l'on ne vive pas ensemble ou que l'on ne soit pas les meilleurs amis du monde, on s'en fiche.
Pouvez-vous nous en dire davantage...
J'ai un exemple frappant : Gabriel Heinze. Il y a rarement un mec avec lequel j'ai eu aussi peu d'affinité en dehors des terrains. Pour tout dire, je ne sais pas pourquoi mais nous ne nous aimions pas. En revanche, sur le terrain, nous étions prêts à mourir l'un pour l'autre pendant une heure et demie. Et nous avons fini deuxièmes. C'est de nouveau vers cela qu'il faut que nous tendions.
Pour en revenir à la première question, vous êtes donc un gueulard qui ne gueule pas ?
C'est ça le secret, c'est que je ne gueule pas dans le vestiaire. C'est un petit mot, une touche, un regard, un sourire... Une fois, un mec avait dit que j'étais le Darry Cowl du football car je suis marrant. Ça c'est fini ! Je ne suis pas GO moi. Je suis là pour faire avancer le PSG. J'étais un peu devenu prisonnier de mon image de mec trop sympa. Au risque d'en décevoir certains, ça va changer. Ce n'est plus comme ça maintenant. C'est terminé !
Vous avez récemment été encensé après la rencontre face à Auxerre. Et vivement critiqué après celle face à Saint-Etienne...
Je me pose parfois des questions au niveau de l'objectivité des journalistes. Contre Saint-Etienne, c'est clair qu'il y a un but que je n'aurais pas du prendre. Et à aucun moment je ne conteste ça. En revanche, quand un journaliste d'un quotidien sportif français très connu trouve que j'ai fait une faute de main sur le premier but, je me dis que ce mec était en train de manger un hot-dog à ce moment-là.
On vous sent en colère...
J'ai revu vingt fois le but. Je fais un arrêt plutôt sympa à bout portant mais Piquionne suit et met le ballon au fond. Et je lis que j'ai fait une faute de main... Si ça ce n'est pas un manque d'objectivité ou une frustration énorme de ne pas être à ma place ! Je ne le tolérerai jamais. Si je suis mauvais, je suis mauvais. Dans ce cas, le mec peut me mettre une mauvaise note ou faire ce qu'il veut. Mais là, on me critique pour ce but bizarre sans dire un mot sur ma seconde période qui, en raison des circonstances, a été extrêmement solide. Je me dis que le mec n'a rien à voir avec le football et qu'il devrait passer au patinage artistique.
Qu'est-ce qui vous énerve le plus dans cette histoire ?
Des milliers de gens lisent ce quotidien, y compris mes amis et ma famille. C'est donc très dur à avaler. Vous vous dites que ce n'est pas vrai, que vous n'avez pas fait le match qu'ils disent. C'est pour cela que je donne beaucoup moins d'interviews qu'avant car je n'ai pas envie de donner de moi à ces gens qui sont tout simplement méchants. Quand je le fais, c'est parce que le courant passe avec le mec : nous allons passer une demi-heure ou une heure et le papier sera bon.
Mais c'est de plus en plus rare à vous entendre...
Il reste encore quelques journalistes avec lesquels je fais des papiers de temps en temps car cela me fait plaisir et que les questions sont pertinentes et intéressantes. Mais je ne peux pas tolérer d'être aux yeux de certains mecs bon pour l'équipe de France et, trois jours après, bidon au point de n'avoir plus rien à faire sur un terrain. Je ne suis pas le meilleur gardien du monde, pas le pire non plus. Mais ne mentionner que les premières 45 minutes d'un match quand j'en ai joué 90, je trouve cela injuste, dégueulasse et d'une mauvaise foi extrême.
Et quand vous apparaissez comme premier responsable dès lors que le ballon passe vos filets, y compris lorsque vous n'êtes pas coupable sur l'action, comment le vivez-vous ?
Il y a une chose qui me réconforte beaucoup. Les gens de la rue sont très durs et, même s'ils m'aiment bien, ne se gênent pas pour me dire avec un sourire : « Jérôme tu déconnes ». Après Saint-Etienne, vous ne pouvez pas savoir le nombre de témoignages que j'ai reçus. Les gens étaient outrés par rapport aux critiques. Mais au-delà de tout ça, ce qui me rend fou c'est que personne, hormis Canal, n'a parlé du ballon ce jour-là.
Qu'avez-vous à dire sur ce fameux ballon ?
La seule explication, c'est que le concepteur se soit fait un rail de coke avant de le sortir. L'été, à la plage, je joue avec les mêmes mais c'est du beach-volley ! Je n'excuse rien attention, je dis juste qu'il y a un débat qui mérite d'être ouvert. A un moment, Pedro tire un coup-franc quatorze mètres au dessus : cela ne lui est jamais arrivé. Pourtant, personne ne se dit qu'il y a un problème. Les gens du Parc eux le savent et ont été très sympas avec moi. Je n'ai pas été sifflé et j'ai même eu droit à des applaudissements après le match. Quant aux gens qui me chient dessus, je les méprise et c'est ce qu'il y a encore de mieux à faire.